Subsidiarité, autonomie et confiance : immersion chez Nicomatic

Comment s’inspirer concrètement d’organisations qui ont osé faire évoluer leurs modes de management et de collaboration ? 

C’est tout l’objectif de cette learning expedition organisée par FlexJob, au cours de laquelle nous avons emmené les équipes de la CPAM de l’Ain à la rencontre de Nicomatic.

Une visite apprenante, rythmée par des temps d’échanges, d’observation et de prise de recul, pour découvrir une autre manière d’organiser le travail, plus autonome, plus responsabilisante et profondément humaine.

Nicomatic : une entreprise industrielle pas comme les autres

Entreprise industrielle internationale, Nicomatic est reconnue bien au-delà de son secteur pour son modèle d’organisation du travail innovant et profondément humain.

Loin des schémas hiérarchiques traditionnels, l’entreprise a fait le choix assumé de placer la confiance, la responsabilité et l’autonomie au cœur de son fonctionnement.

Chez Nicomatic, la performance durable se construit à travers des équipes responsabilisées, autonomes, capables de prendre des décisions au plus près du terrain.

Cette organisation repose sur plusieurs piliers structurants : 

  • une autonomie réelle des équipes, qui posent eux-mêmes les décisions et orientations de leurs activités et priorités : « c’est celui qui fait qui sait”,
  • un fonctionnement en équipes autonomes, sans manager mais avec des rôles clairs, favorisant la coopération plutôt que le contrôle,
  • un management collaboratif et responsabilisant, dont la mission est de créer les conditions de la réussite collective,
  • une attention constante portée à la qualité des relations et à la sécurité psychologique.

Ce modèle, mûri et expérimenté dans le temps, permet à Nicomatic d’allier exigence industrielle, agilité organisationnelle et engagement durable des collaborateurs

Un choc fondateur pour repenser l’organisation du travail

En 2011, Julien Nicollin, dirigeant de Nicomatic, vécut une expérience qui allait profondément redéfinir l’avenir de l’entreprise.

D’un côté, il pilote la création d’une filiale en Inde, agile, fonctionnant presque comme une start-up, où l’ingéniosité compense le manque de moyens.

De l’autre, il retrouve le siège français : une structure de 150 personnes performante, mais ralentie par une hiérarchie pyramidale, des procédures lourdes et une organisation centrée sur elle-même.

Le constat est sans appel : l’entreprise privilégie ses indicateurs internes au détriment du client. Modifier une simple virgule dans un document nécessite une chaîne interminable de validations. Le risque devient clair : à terme, cette inertie menace la pérennité même de Nicomatic.

Cette prise de conscience a marqué le point de départ d’une transformation profonde. Elle est partagée avec son frère, Olivier Nicollin, avec qui il alterne la présidence tous les trois ans afin d’assurer une vision toujours renouvelée. 

Briser les chaînes de la méfiance : un acte symbolique fort

La transformation débute en 2012 par un geste hautement symbolique : la suppression de la pointeuse.

Pour les équipes de production, le badge représentait une surveillance permanente et une distinction entre cadres et non-cadres. En la supprimant, la direction envoie un message clair : la confiance devient la règle.

Face aux craintes des Ressources Humaines sur l’impossibilité désormais de contrôler le temps de travail, la réponse a été un renversement de paradigme.

On ne gère pas une organisation pour les 3 % d’abuseurs potentiels, mais pour les 97 % de collaborateurs engagés.”

Le contrôle rigide laisse place à la responsabilité individuelle, via un simple fichier Excel déclaratif. Une bascule de paradigme assumée, fondée sur une conviction forte :

On part du principe que les gens sont responsables. Personne n’arrive le matin chez Nicomatic avec l’intention de nuire à ses collègues ou de dérégler une machine. Pourquoi, dès lors, imposer des règles de contrôle à l’ensemble du groupe ? Gérer l’exception par la contrainte pour tous est un gaspillage d’énergie.

Le paradoxe de la croissance : l’anti-fragilité par la limite des 200

Leader mondial en micro-connectique, Nicomatic compte aujourd’hui plus de 900 collaborateurs, répartis dans plus de 20 entités à travers le monde. L’entreprise intervient dans des secteurs exigeants : défense, aéronautique, spatial.

Pour maintenir son agilité, Nicomatic applique une règle de design organisationnel contre-intuitive : aucun site ne doit dépasser environ 200 personnes

Au-delà de ce seuil, l’entreprise estime que la structure s’alourdit mécaniquement, faisant apparaître de multiples comités qui ralentissent l’action.

Plutôt que de bâtir des usines géantes, Nicomatic choisit d’essaimer en filiales à taille humaine en créant des mini-usines autonomes.

Chaque mini-usine gère ses fournisseurs, ses matières premières, l’achat des machines, ses commandes, ses clients, ses indicateurs de performance… Une totale autonomie est laissée à ceux qui produisent et qui savent, sans manager, grâce à une équipe auto-organisée qui s’engage dans la réussite de leur mission.

« Transparence et communication sont les clés au sein de notre équipe pour fonctionner dans cette configuration. J’ai vraiment l’impression que c’est ma propre boite. »
Bastien, Outilleur Découpe

Cette architecture décentralisée confère à l’entreprise une véritable « anti-fragilité ». Qu’il s’agisse de tensions géopolitiques ou de crises sanitaires, cette structure fragmentée permet un mouvement immédiat. 

La subsidiarité en action 

“C’est celui qui fait qui sait.”

Le principe de subsidiarité chez Nicomatic.

En 2015, Nicomatic a radicalement transformé ses services supports. 

Les fonctions achats, RH ou finance ne sont plus des “citadelles centralisées” mais des nœuds d’expertise décentralisés, intégrés directement au sein des unités de production.

C’est l’application concrète de la subsidiarité

  • ⅔ de la responsabilité portée par l’individu,
  • ⅓ par le collectif.

Pour éviter la déconnexion du terrain, une règle claire est posée : les tâches transverses ne doivent pas dépasser 30 % du temps de travail. Le reste est dédié au service direct de la production. 

Le rôle du manager a lui aussi muté vers un rôle de leader et de facilitateur

Libéré de la gestion technique du quotidien, il devient un architecte et penseur du futur, garant de la vision et du sens, laissant l’exécution opérationnelle à ceux qui tiennent l’outil.

L’intrapreneuriat et la sécurité psychologique

Chez Nicomatic, l’excellence industrielle repose sur une règle simple : 70 / 20 / 10

  • 70 % du temps consacré au cœur de métier,
  • 20 % à l’amélioration continue, 
  • 10 % à l’exploration pure. 

Ce temps d’exploration n’est ni mesuré, ni contrôlé. Il est offert comme un espace de respiration créative.

L’exemple de Pauline illustre parfaitement cette dynamique. Initialement chef de projet conceptrice, elle a utilisé ce temps pour explorer le marché de la fibre optique. 

Forte de la sécurité psychologique insufflée par l’organisation, cette personne a évolué pour devenir chef de produit. Elle se déplace désormais dans les filiales pour présenter son offre, après avoir mis sur pied son propre atelier et constitué son équipe.

Ce n’est plus une simple exécution de tâche, c’est une démarche intrapreneuriale rendue possible par une structure qui autorise l’individu à grandir au-delà de son titre initial.

Le pari de l’Humain fondamentalement “bon” : les preuves par l’usage 

Le système Nicomatic repose sur un postulat philosophique : l’être humain est fondamentalement bon et digne de confiance. 

Cette posture ne se limite pas à des discours, elle se traduit par des preuves très concrètes au quotidien :

  • Accès libre aux cartes de crédit : Pour les petits achats et l’accueil des clients, sans validation préalable. 
  • Mobilité en libre-service : Des voitures de société réservables via un simple agenda partagé.
  • Soutien à la parentalité : Des jours « enfant malade » illimités, basés sur l’auto-déclaration et la confiance mutuelle.

Pour la direction, accepter que quelques rares individus puissent profiter du système est un investissement bien plus rentable que de brider la créativité de l’immense majorité par une bureaucratie figée. 

ARIANE : le cadre de la liberté

La liberté sans cadre est un chaos. 

Pour éviter cet écueil, Nicomatic s’appuie sur la démarche ARIANE, un véritable système d’exploitation organisationnel :

  • Agilité : S’adapter au contexte extérieur sans inertie.
  • Responsabilité : Favoriser la décision individuelle.
  • Initiative : Limiter l’intervention hiérarchique au strict nécessaire.
  • Action : Concrétiser les idées sans attendre la perfection.
  • Exploration : Apprendre par l’essai et sanctuariser le droit à l’erreur.

La mesure du succès ne se fait plus via des entretiens annuels descendants, mais par un système de feedback à 360° et un indicateur clé : le taux d’épanouissement

Avec une note actuelle de 4,2/5, Nicomatic prouve que la performance économique et le bien-être humain ne sont pas des variables opposées, mais des forces qui s’auto-alimentent.

Un système vivant inachevé

La transformation de Nicomatic n’est pas un projet avec une ligne d’arrivée ; c’est un système vivant qui accepte sa propre imperfection. 

C’est une organisation qui ose dire : « Autorisons-nous à réussir, et si l’on se trompe : génial, qu’est-ce que l’on doit faire évoluer ?« . 

Chaque décision, chaque nouvelle idée, doit systématiquement passer le test de deux questions fondamentales qui définissent l’identité profonde de l’entreprise :

  1. « Est-ce que cela sert “l’amour” client ? »
  2. « Est-ce que cela part du principe que l’Humain est bon ? »

Et vous, dans votre propre organisation, oseriez-vous faire de ces deux interrogations la boussole de votre leadership ?

Fort de son expérience et toujours dans la notion de prise d’initiatives pour les clients, Nicomatic a créé Nicomatic Expérience, un accompagnement pour les entreprises souhaitant faire évoluer leur modèle managérial et organisationnel.  Pour plus d’informations, contacter Nicomatic ou Grégory TOFFOLI.