La gestion par consentement pour prendre des décisions robustes

Saviez-vous que la sociocratie, née dans les années 70, propose de valider une décision dès lors que personne ne dit non plutôt que d’attendre que tout le monde dise oui ?

Stop au consensus parfait, la gestion par consentement remplace la recherche d’un accord unanime par l’absence d’objection raisonnable pour accélérer vos décisions. Ce changement de paradigme garantit que chaque voix protège l’organisation sans bloquer l’action.

Nous allons explorer comment la gestion par consentement transforme vos prises de décisions pour en faire un levier de performance durable pour votre organisation.

Qu’est-ce que la gestion par consentement ? 

La gestion par consentement (GPC) est un mode de prise de décision issu de la sociocratie où une proposition est adoptée dès lors qu’il n’y a plus aucune objection raisonnable contre elle.

Contrairement au consensus, elle privilégie l’absence de veto à l’unanimité des avis positifs, accélérant ainsi l’action collective. 

Née aux Pays-Bas dans les années 70 via Gerard Endenburg, cette approche de gouvernance partagée distribue le pouvoir pour servir le bien commun. 

Faisons un rapide retour aux origines de la sociocratie. La sociocratie se définit comme un système de gouvernance et de prise de décision permettant à toute structure, de la cellule familiale à l’échelle d’une nation, de fonctionner tel un organisme vivant capable de s’auto-organiser. 

Elle émerge chez Endenburg Elektrotechniek pour transformer la gouvernance. Gerard Endenburg à la tête de l’organisation rejette le modèle pyramidal classique. Il souhaite bâtir un système où personne n’est ignoré. L’équivalence devient le pilier central de cette structure organisationnelle.

On ne demande pas si tout le monde dit oui, mais si personne ne dit non. Vous explorez ainsi la zone de tolérance de chaque membre pour valider une proposition acceptable.

Cette approche s’inscrit pleinement dans les méthodes d’intelligence collective que nous abordons régulièrement.

Consentement VS compromis VS consensus : quelles différences ?

Pour bien saisir la puissance du consentement, il faut le confronter aux méthodes de décision plus traditionnelles que nous utilisons souvent par réflexe.

Le consensus s’avère souvent épuisant pour les équipes. Chercher l’unanimité absolue mène régulièrement à des décisions molles ou à une inertie totale. Tout le monde finit par s’épuiser inutilement.

À l’inverse, le compromis ressemble à une défaite partagée. C’est une solution tiède où chaque participant perd un peu de son ambition initiale.

En résumé : 

  • le consensus cherche l’accord total de tous,
  • le compromis cherche le milieu entre les positions,
  • le consentement cherche l’absence d’opposition majeure.

Comment fonctionne le processus de décision par consentement ? (Les 5 étapes) 

Pour passer de la théorie à l’action, la GPC (gestion par consentement) s’appuie sur un rituel rigoureux en cinq phases distinctes.

Avant : la présentation de la proposition

Avant de commencer le processus de décision en lui-même, une première phase consiste à poser le cadre en définissant précisément le sujet, la problématique ainsi que les arguments de fond. Pour maximiser l’efficacité du processus de gestion par consentement, il est préférable de soumettre initialement une proposition simple. 

Celle-ci servira de base de travail et sera ensuite enrichie et ajustée grâce à la force de l’intelligence collective. 

Une seule proposition peut être traitée à la fois.

Au cœur de cette écoute, la posture de facilitation pour veiller à ce que la proposition soit comprise par tous. 

Étape 1 : l’espace de clarification (questions)

Est-ce que j’ai bien compris la proposition ?

Le porteur annonce sa problématique.

Les autres participants posent des questions pour comprendre les détails. Le but n’est pas de donner son avis. On cherche uniquement l’information manquante.

Le facilitateur doit stopper toute tentative de débat. Si une question contient une opinion, elle est reportée au tour suivant. Cette discipline protège le temps du groupe et la clarté dans le processus.

Le porteur de la proposition répond et clarifie certains éléments. Si une réponse est inconnue, on note le point pour plus tard. L’objectif est d’avoir une vision commune. 

Étape 2 : le tour de réaction

Chaque personne exprime son ressenti ou son opinion. On fait un tour de table complet. C’est l’espace où les émotions et les avis divergent librement.

Cette étape permet de collecter une richesse d’informations cruciale. Ces apports servent à nourrir la réflexion du porteur, lui offrant ainsi la matière nécessaire pour faire évoluer et ajuster sa proposition lors de la phase suivante d’amendements.

Étape 3 : les amendements

À l’issue des échanges de l’étape précédente, l’auteur de la proposition a la possibilité de modifier sa problématique initiale. 

En intégrant les suggestions pertinentes formulées par le groupe, il bonifie sa proposition avant de passer à l’étape du vote. 

Lors de cette étape, l’auteur dispose de plusieurs options pour faire évoluer son projet :

  • Retirer purement et simplement la proposition si elle ne semble pas pertinente. Dans ce cas, le groupe repart de zéro avec une nouvelle proposition.
  • Apporter des précisions complémentaires pour lever les dernières zones d’ombre.
  • Amender la proposition en y intégrant des ajustements, comme des ajouts ou des suppressions de points spécifiques.

Étape 4 : les objections 

Une objection n’est pas une préférence ou un avis divergent, mais exprime une limite concrète pour soi (impossibilité d’assumer les conséquences) ou pour le projet (écart par rapport aux objectifs). 

Le facilitateur interroge d’abord le groupe : sans objection, la proposition est adoptée et célébrée. S’il y en a, elles sont écoutées et traitées individuellement. 

Le facilitateur aide à formuler clairement chaque objection sans chercher de solution immédiate, puis la note au tableau ou sur une feuille avec le prénom de son auteur. 

L’animateur teste ensuite les objections : si l’une d’elles invalide le projet, on repart à zéro. 

N’ayant pas le pouvoir de juger, le facilitateur pose des questions pour aider l’auteur à déterminer si l’objection est raisonnable.

Une objection est raisonnable si :

  • Elle permet d’améliorer la proposition grâce à l’intelligence collective,
  • Elle démontre que la proposition est irréalisable, permettant de gagner du temps,
  • Elle s’appuie sur des arguments clairs,
  • Elle ne masque pas, consciemment ou non, une simple préférence ou une autre proposition.

Comment savoir différencier une objection raisonnable d'une objection non valide en GPC ?
Tester les objections pour savoir rapidement si elles sont raisonnables.

Étape 5 : les bonifications

L’animation se concentre sur la résolution des objections, traitées individuellement. Dès qu’une objection est formulée, elle est prise en charge par l’ensemble du collectif. Un espace de discussion libre s’ouvre alors afin que chacun puisse proposer des solutions pour la lever.

La facilitatrice ou le facilitateur valide régulièrement l’état de l’objection auprès de la personne qui l’a formulée. Dès qu’une solution convient et lève l’objection, celle-ci le signale au groupe.

Après avoir passé en revue toutes les objections, il convient de s’assurer qu’aucune nouvelle réserve n’a fait son apparition.

L’absence définitive d’objection marque l’obtention du consentement mutuel, validant ainsi l’adoption de la proposition.

Étape 6 : la célébration 

Dernière étape pour marquer le fait que la décision a été prise en consentement mutuel, se féliciter pour cette étape franchie en groupe. Au groupe de définir la manière dont il va célébrer cela (applaudissements, repas, etc.).

Qu’est-ce qu’une objection raisonnable et comment la traiter ?

Ici, nous sommes dans la capacité du groupe à distinguer le “je n’aime pas” du “cela va nous nuire”. 

Une objection raisonnable représente une limite concrète. Elle signale qu’une proposition risque de dégrader la situation actuelle. Ce n’est jamais une question de goût. 

Votre argumentaire doit demeurer factuel et vérifiable par tous. 

Utilisez le questionnement ouvert pour tester la validité de l’opposition : “pouvez-vous vivre avec cette décision sans mettre le projet en péril ?”

Demandez précisément quel est le risque concret encouru. 

Si l’opposant ne peut l’expliquer, nous sommes face à une préférence. 

Le facilitateur aide ainsi à clarifier l’intention.

Type de réactionNatureAction recommandéeExemple
PréférenceGoût personnelLâcher prise« Je préférerais une autre couleur. »
Objection raisonnableRisque objectifIntégrer à la proposition« Le délai menace la livraison finale. »
Objection non valideRéaction subjectiveClarifier le besoin« Cette méthode m’inquiète sans raison. »

Pour lever une objection complexe, soyez pragmatiques. 

Réduisez la durée du test ou limitez son périmètre d’application. L’objectif est d’obtenir une proposition suffisamment bonne pour l’instant.

Pour approfondir votre posture, consultez ces 6 compétences clés pour faciliter la réussite collective. Un bon facilitateur transforme les blocages en opportunités.

Comment mettre en place la gestion par consentement dans votre équipe ?

Adopter cette méthode ne se fait pas en un jour. 

Commencez par des sujets simples. 

Ne testez pas le consentement sur une restructuration majeure dès le début. 

Apprenez à manipuler les outils sur des décisions quotidiennes.

Formez un facilitateur interne. 

Cette personne doit être garante du cadre sans prendre parti. Elle doit savoir distribuer la parole et être garante d’un cadre pour maintenir le processus.

Notre conseil : pour ancrer ces nouvelles habitudes, vous pouvez tester ces approches concrètes :

  • S’entraîner à distinguer préférence et objection.
  • Utiliser des cartons de couleur pour voter.
  • Faire un bilan après chaque réunion.
  • Acceptez l’imperfection. 

Les premières séances seront peut-être laborieuses. C’est normal.

Vous pouvez consulter nos formations-actions pour accompagner le changement de culture. Ces parcours aident à fluidifier votre transition managériale.

FAQ sur la gestion par consentement en entreprise 

Quelle est la définition précise de la gestion par consentement ?

La gestion par consentement est une méthode de gouvernance partagée, issue de la sociocratie, où une décision est validée dès lors qu’aucune objection raisonnable n’est émise. Son principe fondamental repose sur un changement de paradigme majeur : on ne cherche pas à ce que tout le monde dise « oui », mais on s’assure que personne ne dise « non ». 

Quelle est la différence entre le consentement et le consensus classique ?

Le consensus exige l’accord total et unanime de tous les participants, ce qui mène souvent à des discussions interminables ou à des compromis « mous ». À l’inverse, le consentement privilégie l’absence d’opposition majeure, ce qui accélère considérablement la prise de décision et favorise l’agilité des organisations.

Quel est le rôle du facilitateur dans ce processus de décision ? 

Le facilitateur agit comme le gardien du cadre et du processus. Son rôle est de distribuer la parole de manière équitable et de veiller à ce que chaque étape, de la clarification aux ressentis, soit scrupuleusement respectée.

Pourquoi intégrer la méthode du consentement au sein de mon équipe ?

Adopter cette méthode permet de transformer durablement votre culture de la collaboration. En s’appuyant sur la force de l’intelligence collective où chaque voix est prise en compte, elle booste l’implication des collaborateurs lors des prises de décision. Par conséquent, les oppositions s’atténuent nettement au moment du déploiement opérationnel des projets.

C’est un levier puissant pour gagner en agilité décisionnelle et évoluer vers des modèles de gouvernance partagée plus performants.